Elsa Novelli, chercheuse postdoctorale au CIENS et autrice d’une thèse en philosophie sous la direction de Natalie Depraz aux Archives Husserl de l’ENS, a présenté ses travaux à l’équipe du CIENS, le 9 février 2026. Elle a retracé le fil conducteur de sa réflexion philosophique, du master au doctorat, et mis en lumière sa convergence avec les thématiques du CIENS, en particulier l’axe 3, « les nouvelles conflictualités » – guerre cognitive et intelligence artificielle générative (IAG).
Après avoir exploré les notions d’hypervigilance et d’infra-attention dans le monde numérique pour son Master, Elsa Novelli a approfondi ses analyses en examinant comment le néolibéralisme transforme l’attention – qui est sursollicitée et marchandisée – et le rapport que l’individu entretient avec lui-même. En effet, via les plateformes numériques, nous sommes en permanence ciblés par des injonctions à devenir une meilleure version de nous-mêmes. Cette situation crée un paradoxe : sous couvert de liberté et d’accomplissement personnel, nous adoptons malgré nous des comportements autoritaires envers nous-mêmes. La chercheuse nomme ce phénomène « l’émancipation aliénante », qui produit une « entropie cognitive » c’est-à-dire un excès de pensées négatives et de désordre psychique.
Au CIENS, Elsa Novelli mobilise ces fondements conceptuels pour investir un nouveau terrain de recherche : la guerre cognitive à l’ère de l’intelligence artificielle. Elle s’empare de ces concepts et revient à leur sens premier. La guerre cognitive, dit-elle, n’agit pas directement sur la cognition mais sur l’information, laquelle est traitée par la cognition. L’information est le moyen de pénétrer la cognition. Cette guerre opère de façon à la fois diffuse et discrète, c’est-à-dire le plus souvent à l’insu de ceux qu’elle atteint. Elle se distingue dès lors de la guerre psychologique, qui vise à affecter le moral de l’adversaire, ainsi que de la lutte informationnelle qui porte sur la diffusion massive de l’information et les tentatives de la réguler ou de la contrer. La guerre cognitive est une guerre de la connaissance. Le terrain d’affrontement actuel se situe donc dans les processus même de la pensée de l’individu.
En définissant ces concepts avec rigueur, la chercheuse touche à des questions stratégiques : quels sont les moyens pour l’Etat de protéger les individus face à cette vulnérabilité cognitive sans verser dans le contrôle ? Quel est son rôle face à la prolifération des deep fakes, des bots, des campagnes de manipulation de l’information mises en œuvre avec l’IAG ? Comment la « stratégie du bruit » (noyer l’information pertinente sous un flux d’informations contradictoires) affecte-t-elle la démocratie ? Ce qui est en jeu, c’est la question de la confiance des citoyens envers leurs institutions, leurs élus et plus largement envers le système démocratique.