Le vendredi 23 janvier, Louise Matz, post-doctorante au CIENS sur les questions nucléaires et stratégiques, a présenté ses recherches doctorales en histoire de la diplomatie, des relations internationales et des constructions européennes menées sous la direction d’Olivier Fourcade. Son travail explore la portée politique et stratégique de la dissuasion nucléaire pour l’armée de l’Air française sur une période de quarante ans, de 1956 à 1996.
L’étude propose une analyse de « l’aventure nucléaire » française à travers trois échelles d’action complémentaires : l’échelle internationale, marquée par les dynamiques de la Guerre froide, ses alliances et ses logiques compétitives ; l’échelle nationale, caractérisée par les adaptations de la politique de défense française et le format de son outil militaire ; et enfin l’échelle institutionnelle de l’armée de l’Air.
La recherche s’intéresse à l’armée de l’Air en tant que l’un des premiers acteurs à avoir été modelé par l’âge nucléaire. Elle examine les aviateurs comme révélateurs de ces transformations et fait dialoguer le triptyque des acteurs de la dissuasion nucléaire : les cercles des politiques, des scientifiques et des militaires.
La méthodologie repose sur un travail d’archives mobilisant des sources diversifiées : archives de l’OTAN, archives nationales (papiers des chefs d’État), fonds du ministère des Armées au Service historique de la Défense, plusieurs centaines de témoignages oraux, archives privées, archives législatives et documents diplomatiques français. Son double statut d’officier sous contrat et de chercheuse universitaire a parfois compliqué son travail, avec des obstacles administratifs et des refus d’accès à certaines données.
Au cœur de cette recherche se trouvent des interrogations essentielles : la stratégie s’adapte-t-elle à la technique ou l’inverse ? Quelles sont les conséquences sur l’identité de l’armée de l’Air ?
Parmi les perspectives ouvertes par les résultats de sa thèse, Louise Matz identifie une étude ciblée des aviateurs au sein de l’appareil nucléaire décisionnel d’État pour analyser leur rôle politique et les logiques de carrière, l’étude des tensions interarmées où la révolution nucléaire a un impact sur les forces armées tout en complexifiant leurs liens, la dimension interalliée de l’exercice de la dissuasion par la coopération, et l’extension du milieu de la dissuasion à l’espace.