A la chute de l’URSS, l’arsenal nucléaire soviétique est dispersé entre la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ukraine. Pour l’administration américaine de George H. W. Bush, l’urgence est d’empêcher l’émergence de nouvelles puissances nucléaires issues de la dissolution de l’URSS.
D’âpres négociations démarrent entre l’Ukraine les États-Unis et le Royaume-Uni, sur les conditions du transfert et du démantèlement de l’arsenal présent sur son territoire : environ 2500 têtes tactiques et 1500 têtes déployées sur des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), soit près de 17% des capacités soviétiques. En adhérant au traité de non-prolifération (TNP), l’Ukraine devient officiellement un État non doté de l’arme nucléaire et se voit octroyer en contrepartie des assurances de sécurité par les États-Unis, la Russie et le Royaume-Uni lors de la signature du mémorandum de Budapest le 5 décembre 1994. Le même jour, la France et la Chine formulent des engagements similaires sous la forme d’actes unilatéraux distincts.
Quelle a été l’influence du processus de dévolution de l’héritage nucléaire soviétique sur les perspectives d’intégration de l’Ukraine à l’architecture de sécurité euro-atlantique au cours de la décennie 1990 ? A-t-on accordé autant d’importance à la « question ukrainienne » à Paris, Londres et Bonn qu’à Washington ? Y a-t-il eu une réelle coordination entre Européens et les États-Unis ou au contraire des divergences de vue concernant les modalités de participation de l’Ukraine aux complexes régionaux de sécurité ?
Autant de questions qu’a choisi de se poser Julien Dubois, doctorant en histoire contemporaine au CIENS, dans le cadre de sa thèse, codirigée par Frédéric Bozo (Sorbonne Nouvelle, ICEE) et Frédéric Gloriant (CIENS, IHMC) et dont il a présenté les premières orientations lors de l’atelier du CIENS, organisé le 2 juillet 2026,
En parallèle de ses travaux de recherche, Julien Dubois suit des cours d’ukrainien à l’INALCO. Cette démarche répond à un constat : les sources primaires et la littérature scientifique ukrainiennes demeurent encore insuffisamment exploitées par l’historiographie française. Le processus décisionnel ukrainien a souvent été relégué au second plan. Or, il est essentiel de revenir sur ces débats, souligne-t-il, à la fois intenses et contrastés, afin de mieux comprendre les arguments, les arbitrages et les mécanismes décisionnels qui ont conduit l’Ukraine à renoncer à l’arme nucléaire ainsi qu’à définir sa politique d’intégration à un modèle d’alliance garant de sa sécurité.
Sa recherche entend ainsi analyser les différentes propositions formulées par les autorités ukrainiennes et mesurer leur influence sur les négociations avec les Européens, les Américains et les Russes. Elle vise également à évaluer les concessions obtenues par l’Ukraine, à interroger son degré d’agentivité dans ce processus et à comprendre comment ces négociations ont sur les jeux d’alliances pour recomposer en partie le monde de l’après Guerre froide.er les concessions obtenues par l’Ukraine, à interroger son degré d’agentivité dans ce processus et à comprendre comment ces négociations ont sur les jeux d’alliances pour recomposer en partie le monde de l’après Guerre froide.
Légende photo : Destruction d’un missile de croisière Kh-22 dans le cadre du programme Cooperative threat reduction sur la base d’Ozerne en Ukraine, le 29 mars 2004, Crédit : ©Defense Threat Reduction Agency