« Les armes nucléaires ont fait exploser la théorie de la guerre juste ». Cette affirmation du philosophe américain Michael Walzer résume l’opposition, fondamentale à l’âge atomique, entre les impératifs traditionnels de la morale et ceux de la stratégie. Pourtant, depuis les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, de nombreux textes se sont attachés à porter un jugement philosophique sur les armes nucléaires. L’objectif de ce cours est de proposer une introduction problématisée et actualisée à cette vaste entreprise intellectuelle. Au XXIe siècle encore plus que pendant la guerre froide, celle-ci ne peut pas se résumer à une confrontation simpliste entre une éthique de la responsabilité pro-dissuasion et une éthique de la conviction pro-désarmement. Explorer l’éthique nucléaire suppose de comprendre les multiples dilemmes qui la sous-tendent et la façon dont ils se déploient dans un système planétaire de plus en plus insaisissable.
Au croisement des relations internationales, de la théorie politique et des études stratégiques, chaque séance de ce cours sera articulée autour d’une interrogation normative particulière. Les trois premières se concentreront ainsi sur les problématiques classiques de l’éthique nucléaire : la compatibilité de la stratégie atomique et de la morale, la légitimité de la possession des armes nucléaires et celle de leur utilisation (dissuasion et emploi). Les trois suivantes inscriront ces réflexions philosophiques dans un effort de décentrement en les confrontant aux défis du nouvel âge nucléaire : la multiplication des acteurs et discours normatifs dans l’espace mondial, l’irruption du réchauffement climatique dans la pensée stratégique et la démocratisation des débats sur l’arme atomique.
Validation
L’évaluation sera articulée autour de la rédaction d’un court article de recherche (25 000 signes) comptant pour 80% de la note finale. Les étudiant·es analyseront un dilemme éthique lié à l’arme nucléaire en initiant leur réflexion à partir d’une œuvre d’art. Ce travail fera l’objet d’un suivi régulier (envoi d’un plan et d’une bibliographie préliminaires avec discussion collective en classe) et donnera lieu à une soutenance à la fin du semestre.
Les étudiant·es seront aussi encouragés à participer au maximum aux échanges pendant le cours. Chaque séance s’ouvrira ainsi par un temps de discussion autour d’une mise en atmosphère artistique. Puis, chacune et chacun sera incité à interagir avec l’enseignant tout au long du cours. Des moments de discussion autour de certaines problématiques et dilemmes pourront également être proposés pendant le cours. À l’issue du semestre, une note de participation, comptant pour 20% de la note finale, valorisera l’engagement des uns et des autres.
Gabriel Pourre (doctorant Sciences Po Paris – CERI)
3 ECTS, 6 séances de 2h
Mardi 18h-20h en salle Camille Marbo au 29 rue d’Ulm
| janvier | 26 |
| février | 2, 16, 23 |
| mars | 9, 16 |
Les séances
Séance 1 : « Entente impossible, dialogue improbable » (mardi 16 février 2027)
Éthique et armes nucléaires peuvent-elles s’accommoder ?
Séance 2 : « Il y a le bon et le mauvais État doté » (mardi 23 février 2027)
A-t-on le droit de posséder l’arme nucléaire ?
Séance 3 : « So long, Mom! I’m off to drop the bomb! » (mardi 9 mars 2027)
A-t-on le droit de se servir de l’arme nucléaire ?
Séance 4 : « L’égoïsme et la haine ont seuls une patrie ; la Bombe n’en a pas ! »
(mardi 16 mars 2027)
Y a-t-il une interprétation culturaliste de l’éthique nucléaire ?
Séance 5 : « Prométhée face à Gaïa » (mardi 30 mars 2027)
Le réchauffement climatique bouleverse-t-il le jugement sur l’arme nucléaire ?
Séance 6 : « Surtout ! Ne parlons pas de la bombe atomique ! » (mardi 20 avril 2027)
Peut-on débattre (sereinement) de l’arme nucléaire ?